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Chroniques d’une expérience postcoloniale de modernisation

Lahouari Addi, Chroniques d’une expérience postcoloniale de modernisation, ed. Berzakh, 2012, 234 p.

Le dernier ouvrage de Lahouari Addi, publié par les éditions Barzakh, à Alger, en 2012, est constitué d’articles et de chroniques originellement parus dans la presse francophone algérienne entre 1999 et 2011. Ce volume a le mérite d’offrir au lecteur une opportunité de lire les contributions du sociologue au débat public sur des questions variées : politiques, socio-économiques et culturelles.

Ce livre est structuré autour de trois grandes parties. La première regroupe les réponses de Lahouari Addi aux différentes accusations formulées par des hommes publics algériens à son égard. Ce sont des textes avec un caractère argumentatif fort qui reflètent les prises de position engagées de l’auteur. Il réaffirme le rôle des sciences sociales dans le débat public et le droit d’être critique sans être accusé de traitrise. Il est contraint de se justifier. Ses travaux ne sont pas des réquisitoires contre l’armée formulés par un chercheur incapable de faire preuve de neutralité, et qui serait profondément hostile à l’institution militaire. Il développe ses argumentations à partir d’exemples historiques et se base sur des concepts majeurs des sciences sociales afin de défendre ses positions. Cette partie offre en filigrane une réflexion sur la liberté d’expression en Algérie. Pays, où l’auteur a eu l’opportunité de publier des articles critiques et a disposé d’un droit de réponse, mais où le régime et ses soutiens tentent de décrédibiliser ses écrits.

La seconde partie, intitulée « le système social algérien : idéologie, histoire et politique », est constituée de contributions plus longues, qui reviennent sur les caractéristiques et les dynamiques marquantes de l’Algérie postcoloniale. L’auteur revient dans de nombreux textes sur le rôle clé de l’armée dans le système politique algérien. Grâce à une plume vive et fluide, il rend intelligible ce trait souvent décrit comme opaque. Les thématiques abordées, par ailleurs, sont variées et pertinentes : nationalisme, islamisme, violence, rôle des services de renseignement, structures et réformes économiques, etc.

La troisième partie intitulée « lectures hebdomadaires de la crise en Algérie » est à la fois riche et variée. L’auteur prend comme point de départ l’actualité afin de mener de courtes réflexions sur des sujets de fond telles que l’identité et l’arabité, le rôle des partis politiques ou la corruption. En guise de conclusion, l’auteur propose une réflexion inédite sur les révoltes dans le monde arabe, absente en tant que telle, dans le reste de l’ouvrage qui regroupe des contributions écrites préalablement.

Ce volume met en avant la cohérence des prises de position de Lahouari Addi, qui s’engage dans le débat public en Algérie, grâce à ses contributions dans la presse nationale. Ses articles sont un objet hybride et diversifié. Ils sont le fait d’un sociologue qui s’adresse à un grand public. Ils sont outillés conceptuellement, puisque l’auteur fait référence à de grandes figures de la sociologie politique, telles que Max Weber, Émile Durkheim ou Clifford Geertz et définit les concepts qu’il mobilise tels que «  parti politique » ou « souveraineté ». Néanmoins, ce sont des articles de vulgarisation qui s’adressent, en premier lieu, aux lecteurs de la presse algérienne. Beaucoup des contributions sont donc relativement courtes et présentent des arguments saillants sans entrer dans des développements complexes. Il fait oeuvre d’une grande pédagogie et participe activement à la mise en place d’espaces de liberté dans la presse algérienne.