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Chiisme et politique au Moyen-Orient, Iran, Irak, Liban, monarchies du Golfe

Laurence Louër, Chiisme et politique au Moyen-Orient, Iran, Irak, Liban, monarchies du Golfe, Autrement, 2008, 147 p.

Le chiisme connaît une renaissance évidente depuis les années 1970. La révolution iranienne, avec la reprise des commandes politiques par les mollah chiites, a apporté la preuve de ce renouveau. La politisation des chiites du Liban puis leur basculement vers le Hezbollah a donné plus de vigueur à cette renaissance. Récemment, le changement de régime en Irak est venu confirmer ce mouvement d’affirmation qui effraie certains pays sunnites de la région, notamment l’Arabie saoudite. Dans ce contexte inédit, le livre de Laurence Louër est très bienvenu. Cet ouvrage apporte un éclairage précis et profond sur le chiisme arabe et iranien. Il aborde avec force pédagogie les arcanes des hiérarchies religieuses à tout le moins complexes et finalement très peu monolithiques. Il met aussi la lumière sur des communautés du silence, comme par exemple celles du Golfe à l’importance géopolitique évidente.

Les poumons du chiisme se trouvent certes dans des lieux sacrés et académiques bien connus (Najaf, Kerbala, Qom) mais les communautés sont éclatées entre plusieurs territoires. Par l’approche transversale que privilégie l’auteure, la dynamique permanente des idées et des hommes entre les centres et les périphéries est ainsi bien restituée.

Parmi les thèses développées dans cet ouvrage, l’une d’elle vient écorner l’idée d’une internationale chiite sous contrôle iranien. Seuls les chiites libanais, par le truchement du Hezbollah, seraient encore sous la coupe de l’Iran encore que le mouvement libanais ait finalement très peu recours aux avis d’Ali Khamenei. En Irak, le processus d’éloignement serait bien entamé. Si le parti al Da’wa s’est éloigné depuis longtemps de Téhéran, l’Assemblée suprême pour la révolution islamique en Irak (ASRII), c’est-à-dire le mouvement le plus proche de Téhéran, serait depuis 2007 engagé lui aussi dans un processus de détachement. Quant à l’Ayatollah Ali al Sistani, leader spirituel du chiisme irakien et rival de Ali Kamenei, il ne cache pas son souhait de voir le religieux et le politique fondamentalement séparés, ce qui contrevient à la posture iranienne. En outre, ce processus de relocalisation du chiisme serait également en cours dans le Golfe.

Par-delà cette thèse très utile dans le débat sur l’influence de l’Iran, l’auteure croit déceler dans le chiisme un mouvement de sécularisation, où le champ du politique se défait d’une hétéronomie religieuse.

A l’heure où le chiisme interroge et nourrit bien des fantasmes, ce livre s’offre comme un regard éclairant et lucide.