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Ce pays dont je meurs

Fawzia Zouari, Ce pays dont je meurs, Editions Ramsay,Paris, 1999, 189 p.

A partir d’un fait divers tragique — deux Maghrébines retrouvées mortes de faim dans leur appartement en novembre 1998 — Fawzia Zouari, écrivain, journaliste à Jeune Afrique, invente l’histoire d’une famille d’immigrés algériens en prenant la voix de l’aînée des deux soeurs. Le père est ouvrier chez Renault, la mère (venue six ans après son mari) refuse pendant longtemps de retirer son voile : « Maman s’appliquait à sa nouvelle vie. Elle voulait bien mettre un pied dans notre époque, mais sans renoncer à la tatouer de henné. » L’aînée des filles, Nacéra, est née en Algérie, tandis que la seconde, Amira, née en France, se fait appeler « Marie » et souffre d’anorexie, une maladie qui n’existe pas « là-bas », comme pour mieux ressembler aux Français. Tous les deux ans, la famille retourne passer l’été au village, les valises pleines de cadeaux pour lesquels la famille a dû se priver mais qui, ajoutés à leurs inventions au sujet de leur vie parisienne, lui permettent de donner une image de réussite : « (Ma soeur) savait que je faisais naître des rêves, de la frustration, et peut-être de la folie autour de moi. Mais je n’en avais cure. Quelque chose me poussait à faire du mal à ces mendiants du faux songe. A ces consommateurs de fictions occidentales. » Survient un accident au père et, avec son invalidité comme point de départ, une progressive descente vers la misère et le désespoir. Ce livre, dur et émouvant, aborde d’une écriture fluide le sujet grave de l’incapacité à trouver sa place en France quand on vient d’Algérie (« Nous savons que c’est de ce pays que nous mourrons. De son indifférence, de sa cruauté, de l’impossibilité d’y pénétrer. De l’Algérie nous mourrons aussi. De son éloignement, de sa cruauté, comme de l’impossible espoir d’y retourner. De cette vie de nos parents édifiés sur une illusion, « un mirage de bonheur qui s’appelle la France ». »), non sans quelques touches d’humour, notamment à travers le personnage de la mère. A lire d’une traite.