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And Patrick Habis

Balkans en feu à l’aube du XXè siècle

Romans, nouvelles, reportages, Balkans en feu à l’aube du XXè siècle, Omnibus, 2004, 960 p., 24,50 €

Pour la première fois sont réunis dans un seul volume des textes forts, souvent rares, parfois inédits, mélange de fictions, de reportages et de témoignages, montrant la diversité des voix qui rendent compte de la complexité de l’histoire des Balkans à la fin du XIXè et au début du XXè siècle. Si l’histoire ne se répète pas, dans les Balkans elle bégaie. Comprendre ce qui s’est passé au début du siècle donne un réel éclairage sur les tragédies actuelles.

Dès que les soldats sont projetés dans l’enfer des guerres balkaniques (1912-1913), les écrivains et les reporters sont à leurs côtés : sur les différents fronts, sur les rivages de l’Adriatique et de la mer Egée ainsi que dans les grandes villes de la péninsule.

Combattants ou témoins, idéologues chauvins ou pacifistes convaincus, les plus grands auteurs se font face : Turcs (Mehmet Emin Yurkadul, Omer Seyfettin, Suleyman Nazif, Necati Cumali), Grec (Ion Dragoumis), Arabe (Gurji Zaïdan), Serbe (Milutin Bojic), Bosniaque (Ivo Andric), Roumain (Hélène Vacaresco), Bulgares (Yordan Yovkov, Lioudmil Stoyanov), Arménien (Aram Andonyan).

Ils sont rejoints par les plus brillants journalistes de l’époque : John Reed, Marcelle Tinayre, les frères Tharaud, ainsi que par des romanciers à la prose vigoureuse : Pierre Loti, Albert t’Serstevens, Henri Frapié, Roger Vercel.

Mais pour que cet ouvrage ne soit pas simplement un recueil de textes historiques, l’éditeur a eu l’excellente idée d’ajouter trois écrits contemporains d’écrivains actuels : le Turc Nedim Gürsel, l’Albanais Luan Starova et François Maspero.

« Les Balkans ont mauvaise presse, et ce depuis la fin du XIXè siècle. L’histoire y paraît plus confuse et plus cruelle que dans le reste de l’Europe », écrivent en introduction Timour Muhidine et Alain Quella-Villéger. Ils n’ont pas vraiment tort, dans la mesure ou la violence est récurrente dans certaines parties des Balkans. Si la cruauté est largement répartie dans toute l’Europe, la complexité est une des spécialités de la région. Les allers retours historiques de ce livre se concrétisent aussi dans une phrase du géographe français de l’entre-deuxguerres Jacques Ancel : « La Macédoine à elle seule suggère en langage diplomatique un tout imprécis ». Au jour d’aujourd’hui, on n’a pas inventé de meilleure définition pour ce petit Etat, ventre mou des Balkans.