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And Patrick Habis

Avenue de France

Colette Fellous, Gallimard, Paris, 2001, 208 pages, 16,95

« Le monde m’a été donné, je dois le rendre ». Colette Fellous dans son dernier livre, Avenue de France, rend à l’avenir un monde effacé au moyen de ce qui lui a été transmis, la langue, l’imagination et la liberté, qu’elle rend à l’avenir un monde effacé. Avenue de France est un magasin général, un bazar oriental où tout est proposé en vrac et à profusion : les couleurs objets mots noms lieux qui ont formé la vie des siens en Tunisie, et qui forment sa vie d’aujourd’hui à Paris. Le livre naît d’un cri que la narratrice entend place de la Nation et qui s’avère être un appel venant à la fois d’aujourd’hui et d’hier, un appel lancé par plusieurs voix et auquel elle se sent contrainte de répondre comme on s’acquitte d’une dette, en partie parce que ces voix la constituent. L’une des voix est celle de son grand-père qui, en 1879, à quatorze ans, rend à un Français la pomme tombée de son panier. Or ne parlant que l’arabe, il ne sait pas si l’homme lui a dit « merci » ou « voleur ». L’autre voix est celle du frère qui, en 1967, ne parlant pas l’arabe, est incapable de comprendre la langue du pays qu’il croyait être le sien et devient un étranger chez lui. Parcourant cet écart d’un siècle, Colette Fellous retisse, en se promenant sur l’Avenue de France, les fils de sa filiation au moyen de sa mémoire des autres, ceux qui forment le tissu de sa langue. Au fil des pages, l’histoire de la famille et de Tunis se reconstitue, d’éclat de souvenir en éclat de voix. Colette Fellous dit la nostalgie du pays perdu et en accomplit le deuil. Elle crée à partir de l’exil et de la perte. Son livre offre des images d’Epinal qui, par la force du récit, deviennent des photos de famille.