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And Patrick Habis

Albanie. Visage des Balkans. Ecrits de lumière

Ismaïl Kadaré, Albanie. Visage des Balkans. Ecrits de lumière, Photos de Marubi, Traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni et Emmanuelle Zbynovsky. Conception Loïc Chauvin. Arthaud, Paris, 143 pages, 245 F.

Cet ouvrage est d’abord une magnifique présentation du fonds photographique Marubi qui en 110 photos inédites nous fait découvrir l’Albanie de 1858 à 1936. Pietro Marubi était un jeune photographe garibaldien qui dû s’exiler en Albanie au milieu du XIXème siècle. Avec ses plaques et ses appareils, il s’est installé à Shkodra, la grande citée catholico-musulmane de l’Albanie septentrionale encore sous occupation ottomane. Il a transmis sa passion à son fils et à son petit fils. C’est ainsi que la dynastie des Marubi a gravé dans le sel d’argent une véritable oeuvre ethnologique où apparaissent l’Albanie ottomane, l’Albanie indépendante jusqu’à l’occupation du pays par Mussolini. Gegë Marubi, troisième de la dynastie, referma définitivement son appareil avec l’instauration de la dictature communiste en 1944, tout comme on ferme les yeux devant un désastre. Mais il eu la bonne idée de mettre à l’abris les archives professionnelles de sa famille, trésor iconographique de plus de 100 000 négatifs. Quand on connaît la rage avec laquelle les communistes ont réécrit l’histoire (textes et images), il s’agit d’un véritable miracle. D’ailleurs on retrouve une photo de 1936 où l’on voit Enver Hodja, le futur dictateur stalinien, discourir au milieu de notabilités royalistes. L’intraitable révolutionnaire dès sa plus tendre enfance n’a visiblement pas eu la même jeunesse que sa biographie officielle voulait bien le dire. D’ailleurs Hodja a fait retoucher un positif de cette photo où tous les personnages de cette scène ont disparu, sauf lui. Cet album est commenté discrètement par Ismaïl Kadaré qui laisse ainsi toute sa force aux images : paysans, guerriers, chefs de clans, femmes voilées..., l’image de l’Albanie profonde et insoumise.