Suivez nous!

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

Numéros parus

Iran : Une nouvelle donne ?

N° 88 Hiver 2013-2014

Ce remarquable numéro spécial de Confluences Méditerranée met en lumière la vitalité de la recherche et de l’analyse consacrées à l’Iran. Ceci apparaît dans la variété des thématiques abordées, et dans la variété des parcours de leurs auteurs : si beaucoup appartiennent, comme il est naturel, au monde universitaire, d’autres viennent de la diplomatie, du journalisme, ou encore de la vie politique. Chacun, à sa façon, apporte à cet ouvrage sa connaissance intime du monde iranien et de son environnement. Les études présentées offrent donc la qualité unique de travaux irrigués d’expériences vécues.

Ces regards croisés mettent à leur tour en relief la vitalité de la société iranienne. On percevait déjà depuis un certain temps sa montée irrésistible vers la modernité. Au fil des articles, on la voit déployer à nouveau, notamment autour de la dernière élection du président de la république, une étonnante énergie collective pour aller dans le sens de ses aspirations. Certes, cette société n’est pas univoque. Les tensions qui la parcourent sont très fortes, et témoignent donc de sa dynamique. Mais étant maîtrisées, du moins à ce jour, elles témoignent aussi de sa maturité.

L’ouvrage fait enfin apparaître, que cela plaise ou non, la vitalité de la République islamique. Dieu sait si l’on a souvent fait miroiter la chute prochaine de ce régime. Il a démontré sa capacité à surmonter tous les périls, mobilisant les énergies quand il s’agissait de résister à un envahisseur, rendant coup pour coup dans les guerres de l’ombre, réprimant avec férocité tout ce qui pourrait le déstabiliser, soit au sein de ses minorités périphériques, soit au coeur de sa société civile. Il est toujours là, et a su tirer les leçons de ses erreurs, par exemple en gérant avec habileté la dernière élection présidentielle, au rebours de l’élection ratée de 2009.

À la lecture de ce numéro spécial, l’on entrevoit les secrets de cette résilience. Elle tient, pour l’essentiel, à deux aspects. D’abord au caractère collectif du fonctionnement du système, où, sauf exceptions plutôt rares, d’amples discussions entre les nombreuses factions et les centres de pouvoir qui le composent précèdent et accompagnent les choix importants. En tout cela, quoi qu’on en dise, le guide suprême suit plus qu’il ne devance ses troupes, veillant à la survie du régime et à la préservation de ses grands équilibres.

La deuxième explication tient sans doute au fait que la République islamique, quelles qu’en soient les nombreuses tares, a donné aux Iraniens le sentiment d’avoir enfin accédé à la pleine indépendance. Elle a clos et renvoyé au passé le long chapitre de l’histoire où l’Iran apparaissait comme le jouet humilié des puissances extérieures.

Cette donnée est en particulier illustrée par la gestion du dossier nucléaire. Il est intéressant de noter, à la suite d’un récent sondage, qu’à peine 6 % des Iraniens considèrent comme une priorité la poursuite de leur programme d’enrichissement d’uranium. Mais, en un étonnant réflexe de cohésion nationale, 96 % d’entre eux se déclarent prêts à payer le prix des sanctions pour garantir la continuité de leur programme nucléaire. Au fond, comme le confiait il y a quelque temps le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif : « Les Américains considèrent qu’ils sont une nation exceptionnelle… Mais nous aussi, nous nous voyons comme une nation exceptionnelle ».

Dossier dirigé par Clément Therme